Ton logiciel métier fait quatre-vingts pour cent du travail. Les vingt qui restent, tu les compenses à la main, dans un tableur que trois personnes connaissent et que personne n'ose toucher. Tu en as parlé à ton éditeur, il t'a répondu que ce n'était pas prévu à la feuille de route.
C'est exactement là que l'IA change quelque chose. Pas pour rédiger tes mails, pour fabriquer l'outil qui n'existe pas. Voici la méthode que j'applique chez les dirigeants que j'accompagne, en deux temps, et le temps réel que ça prend.
01La méthode tient en deux temps
La plupart des gens ouvrent un outil et demandent « fais-moi une application ». Ils obtiennent quelque chose qui ressemble à une application et qui ne fait pas leur métier. L'erreur est de sauter la première moitié du travail.
Temps 1 · Claude en architecte
Tu ne demandes rien à construire. Tu discutes, tu décris ton métier, tes cas particuliers, ce que tu fais aujourd'hui à la main. Tu ressors de cette conversation avec un plan d'action complet, un cahier des charges qui contient exactement ce que tu veux dans l'application.
Cette étape dure le temps qu'il faut, et c'est elle qui décide de tout le reste. Un cahier des charges bâclé donne une application bâclée, en plus vite.
Temps 2 · Le passage à Claude Code
Tu donnes le document de plan d'action, et tu obtiens l'application. Pas un prototype à montrer, un logiciel qui tourne, avec sa base de données et son hébergement.
Les 78 commandes de Claude Code. La liste complète rangée par usage, avec ce que chacune t'évite de refaire à la main. Gratuite.
Récupérer l'antisèche →02Ce que tu dis pendant la phase architecte
C'est la partie que personne ne détaille, donc voici précisément quoi poser sur la table.
Ce que tu fais aujourd'hui, geste par geste
Pas le processus idéal, celui que tu vis. Où arrive l'information, qui la saisit, dans quoi, ce qui se perd, ce que tu vérifies deux fois. Décris ta dernière journée, elle vaut mieux qu'un organigramme.
Les cas particuliers, surtout les moches
Le client qui paie en trois fois, le chantier qui change de périmètre en cours, la remise que tu accordes toujours à deux clients. Ce sont eux qui font qu'aucun logiciel du marché ne te convient, donc ce sont eux qui doivent être dans le cahier des charges.
Ce que tu refuses
Les données qui ne doivent pas sortir, les gens qui ne doivent rien voir, ce que tu veux garder à la main. Une contrainte écrite au départ coûte dix minutes, découverte à la livraison elle coûte une refonte.
03La pile technique, et pourquoi elle compte
Tu n'as pas besoin de comprendre le code, tu as besoin de savoir ce que tu possèdes. Par défaut je pars sur Vercel pour l'hébergement et Supabase pour la base de données. Deux services répandus, documentés, que n'importe quel développeur reprend sans toi.
Quand la souveraineté des données compte, et c'est le cas en santé, en juridique ou sur des marchés publics, Infomaniak et Exoscale font le même travail en restant en Europe. Le nom de domaine s'achète où tu veux, ça n'a aucune importance technique.
Le point qui compte vraiment tient en une phrase. Tu possèdes le code. Si tu ne peux pas exporter ton application et la faire héberger ailleurs en une journée, tu n'as pas fait construire un outil, tu as pris un abonnement.
04Le temps que ça prend vraiment
Tu liras partout qu'on fabrique une application en quinze minutes. C'est vrai si on parle d'une page qui affiche trois champs. Voici les ordres de grandeur que je constate.
| Ce que tu veux | Compte |
|---|---|
| Un outil interne à une seule fonction, sans base de données | Une heure |
| Un CRM qui tient tes contacts, ton pipe et tes relances | Environ une heure pour la première version |
| Un outil métier avec ses cas particuliers et plusieurs utilisateurs | Une à deux journées |
| Le même, testé sur de vrais dossiers et corrigé | Compte une semaine |
La première version arrive vite, et elle n'est pas le travail. Le travail, c'est de la passer sur tes dossiers réels et de corriger ce qui coince, parce que c'est là que les cas particuliers se rappellent à toi.
05Les trois pièges qui coûtent le plus
Sauter la phase architecte
C'est le seul piège qui condamne tout le reste. Tu obtiens une application propre qui ne fait pas ton métier, et tu la jettes.
Construire ce qui existe déjà
Avant de faire fabriquer, vérifie qu'un connecteur ne règle pas la question. Brancher l'IA sur ton logiciel actuel coûte dix minutes, faire construire un remplaçant coûte une semaine.
Ne pas prévoir qui maintient
Ton outil vivra plusieurs années et devra évoluer. Décide dès le départ si tu t'en occupes, si quelqu'un chez toi s'en occupe, ou si tu délègues. Un outil que personne ne maintient meurt au premier changement de version.
06Le plan d'abord, l'outil ensuite
Une précision qui manque à presque tous les tutoriels que tu trouveras ailleurs. Entre ton idée et la première ligne de code, il y a une étape, et c'est elle qui décide si l'outil sera utilisé ou abandonné.
Un outil interne échoue rarement sur la technique. Il échoue parce que personne n'a écrit, avant de commencer, à quel moment de la journée quelqu'un l'ouvrira, comment cette personne fait aujourd'hui sans lui, et quel chiffre dira dans un mois que c'était une bonne idée. Trois questions, trois réponses, une page. C'est peu et ça change tout.
Un outil interne n'est pas adopté parce qu'il est meilleur. Il est adopté parce qu'il est plus rapide que ce que les gens faisaient avant.
La rubrique la plus rentable de ce plan est celle qu'on oublie systématiquement, ce que l'outil ne fera pas, écrit noir sur blanc. Elle empêche la dérive, et la dérive est exactement ce qui transforme un projet d'un après-midi en projet d'un trimestre. Tu ne dis pas non à ton équipe, tu dis pas dans la version un.
Ce plan sert une seconde fois, et ce bénéfice-là est souvent plus gros que le premier. Tu peux le donner tel quel à un développeur. Trois devis sur un brief oral chiffrent trois projets différents. Trois devis sur la même page chiffrent enfin la même chose. La méthode complète est dans l'étape que tout le monde saute avant de faire construire un outil.
Pour situer, l'INSEE relevait 18 % d'entreprises de dix salariés ou plus utilisant au moins une technologie d'IA en 2025, contre 10 % un an plus tôt et 6 % en 2023. Beaucoup d'outils vont être fabriqués dans les mois qui viennent, et la différence entre ceux qui serviront et les autres ne se jouera pas sur le choix du modèle.
- INSEE, Les technologies de l'information et de la communication dans les entreprises en 2025, Insee Première n° 2120, juillet 2026.
- Bpifrance Le Lab, 82e baromètre semestriel de conjoncture des TPE-PME, sur le recours à l'IA générative dans les TPE et PME.
Avant de construire, compte tes heures. Soixante secondes, tâche par tâche, et tu repars avec ton chiffre en heures et en euros.
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